Le groupe de Gergovie (1940-1943) : premier noyau de Résistance en Auvergne

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Vendredi 07 juillet 2023

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Biographie

Arnaud Pocris est Directeur culturel du musée archéologique de la bataille de Gergovie. En poste à Gergovie depuis 25 ans, d’abord au sein de la Maison de Gergovie, il a participé dès son origine au projet d’agrandissement de cette structure dont il a assuré, à partir de 2013, la coordination du projet muséographique et scénographique, et qui s’est conclu en octobre 2019 par l’ouverture du nouveau musée.  Aujourd’hui, il est responsable des contenus et de la programmation culturelle du musée : évènements, animations récurrentes, développement et renouvellement de l’offre de visite, création des expositions temporaires. C’est à ce titre qu’il travaille depuis plus d’un an avec Marion DACKO de la MSH sur les Gergoviotes qui feront l’objet de la prochaine exposition temporaire du musée à partir du 21 octobre 2023. 

Résumé

Le 2 septembre 1939, la déclaration de guerre de la France à l’Allemagne entraîne l’évacuation de l’Alsace et de la Moselle et le départ d’environ 1 200 étudiants, 150 professeurs et personnels administratifs de l’université de Strasbourg qui se replient dans les locaux universitaires de Clermont-Ferrand.

Après l’armistice de juin 1940 et l’annexion de l’Alsace-Moselle à l’Allemagne, l’Université de Strasbourg est réouverte par les Allemands qui exhortent les professeurs et étudiants exilés à rentrer dans les plus brefs délais. Mais le recteur et les doyens s’y opposent et cherchent à maintenir une université française de Strasbourg à Clermont. Le professeur Gaston Zeller cherche des solutions pour retenir les étudiants à Clermont pendant les trois mois de congés d’été et imagine la constitution d’une équipe de fouilleurs sur le plateau de Gergovie. Le projet est confié au professeur d’archéologie Jean Lassus, qui rassemble alors une vingtaine d’étudiantes et étudiants venant d’Alsace et de Lorraine.

Au cours de l’été 1940, le général de Lattre de Tassigny apporte son aide à la construction d’un chalet sur le plateau de Gergovie, la « maison des étudiants », permettant d’héberger les jeunes, séparés de leurs familles, pendant les vacances.

En 1941 et 1942, des sondages archéologiques sont réalisés sur le plateau par le « groupe Gergovie » dont les participants s’appellent entre eux les « Gergoviotes ». En parallèle, nombre d’entre eux mènent de nombreuses actions de résistance. Chaque jour, le drapeau français est hissé devant le chalet au son de « Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine ». À la fin de l’année 1941, les étudiants diffusent les journaux clandestins des premiers mouvements de la Résistance et militent au sein de « Combat », « Libération » ou « Franc-Tireur ». La communauté des Gergoviotes est sollicitée par de nombreux opposants au régime nazi et de l’Etat Français. La maison servira jusqu'au démantèlement du groupe à l’issue des rafles menées par la Gestapo à Clermont-Ferrand en juin et novembre 1943.

Le 25 novembre 1943 en effet, la Gestapo lance une opération d’envergure contre l’Université de Strasbourg. L’objectif est d’appréhender les universitaires impliqués dans la résistance mais également les étudiants d’origine juive et tous les Alsaciens et Lorrains âgés de 18 à 30 ans. Au total près de 1 200 personnes sont arrêtées et transférées à la prison militaire. 83 d’entre elles sont maintenues prisonnières. Les étudiants israélites, étrangers et Alsaciens-Lorrains sont pour la plupart déportés et 11 meurent dans les camps. Parmi eux, plusieurs Gergoviotes.

Le 15 août 1951, à l’initiative des membres du « groupe de Gergovie », une stèle honorant la mémoire de ceux d’entre eux qui n’ont pas survécu à la guerre est élevée sur le plateau, à l’endroit même où le drapeau français était hissé chaque jour.