Publié le 21 septembre 2026 Mis à jour le 21 septembre 2026

De quoi le monstre est-il le visage ? Bien des artistes se sont intéressés aux êtres monstrueux, tels ceux qui peuplent la tentation de St Antoine dans le retable d’Issenheim, témoignant de la fascination qu’exercent sur l’imaginaire ces créatures visuellement aberrantes. Celles-ci symbolisent souvent comme chez Grünewald, les pires turpitudes de l’âme humaine, mais elles peuvent aussi susciter la sympathie, comme les monstres de foire de Todd Browning (« Freaks », 1932), ou, dans le cas de la créature inventée par Mary Shelley dans « Frankenstein » (1818), une hésitation entre répulsion et compassion. C’est cette fascination que ce séminaire interdisciplinaire cherche à explorer en interrogeant les représentations du monstre à travers le temps et l’espace.


Biologiquement, le monstre est celui qui remet en question l’ordre naturel dont il a longtemps été exclu. Son caractère transgressif, dans le domaine naturel et dans celui de l’esthétique, se retrouve sur le plan moral : il incarne tout ce qui en l’être humain relève de la brutalité, du déchu, du corrompu, du criminel. Cela ramène à l’étymologie du terme : le monstre est celui qui fait penser (monere), qui rappelle à la mémoire ce qui était tombé dans l’oubli et qui aurait peut-être dû y rester, l’autre que l’être humain cherche à mettre à distance en lui-même. Cette mise à distance amène à s’interroger sur le monstre comme catégorie sociale ou politique : il est aussi celui que la société désigne comme radicalement autre, notamment dans les discours médiatiques, politiques ou judiciaires. Que fait-on lorsque l'on qualifie quelqu'un de monstre ? Que révèle cette qualification de notre rapport au crime, à la violence ou à l'altérité ? Et inversement, que risque-t-elle parfois de masquer ?

C’est sur ces sujets que nous souhaitons réfléchir, à partir de perspectives très variées : l’histoire, le droit, l’anthropologie, la philosophie, la littérature, l’histoire de l’art, la sociologie, la psychanalyse, la médecine, par exemple, pourront nous aider à penser les représentations du monstre.

Séminaire coordonné par Anne-Blandine Caire (CMH) et Anne Rouhette (CELIS)