Thierry Ménissier est professeur à l’Université Grenoble Alpes et membre de l'Institut de philosophie de Grenoble. Spécialiste de philosophie éthique et politique, il étudie l’innovation technologique, organisationnelle et sociale, et en particulier les défis posés par le numérique et l’intelligence artificielle. Il a notamment publié Innovations. Une enquête philosophique (Hermann, 2021) et Vocabulaire critique de l’intelligence artificielle (Hermann, 2025).
En résumé
Les technologies d’intelligence artificielle bouleversent actuellement la société par le biais de la transformation accélérée de nombreuses pratiques sociales et professionnelles. La sphère politique est elle-même susceptible de connaître de telles évolutions. Dans cette intervention, on propose de les examiner à partir de la prise en compte des concepts qui structurent et donnent sens à l’activité démocratique, dans le cadre d’une approche prenant en compte la dimension technique de l’histoire des sociétés politiques : l’efficience de la notion de peuple, les principes de l’État de droit tels que le respect de la pluralité, la qualité de la délibération et l’équité ; ses valeurs éthiques comme la responsabilité, la tolérance et l’inclusion ; enfin les fins qu’elle vise, comme les libertés publiques et privées, l’autonomie des citoyens et citoyennes. Cet examen débouche sur un double questionnement.
Un questionnement général ou de principe, d’abord : Quelles sont les opportunités offertes pour la démocratie par les systèmes d’IA ? En existe-t-il ? Ou bien l’émergence et le développement massif de l’IA dans la sphère publique signifient-ils l’entrée dans une ère non seulement différente des idéaux démocratiques modernes, mais également risquée voire dangereuse pour ses principes ?
Un questionnement plus précis, qui sera plus particulièrement examiné dans cette intervention, concerne la transformation numérique et algorithmique des fonctions publiques, phénomène rapide et massif attesté dans tous les États de droit. En France, cette transformation est suivie de près par les instances supérieures de la République (Sénat, Conseil d’État, Défenseur des Droits), dans l’intention complexe de développer l’efficience des services publics sur l’ensemble du territoire nationale, de favoriser la confiance des citoyen.nes et de préserver leurs droits. Comment solutionner efficacement une telle équation, tandis que le processus d’algorithmisation de l’administration n’en est sans doute qu’à ses débuts ?
Notre réflexion conduira à souligner plusieurs menaces et opportunités à propos de ce processus.
Thierry Ménissier