Arnaud Macé est professeur d’histoire de la philosophie ancienne à l’Université Marie et Louis Pasteur (Besançon). Ses recherches portent sur Platon et sur les présocratiques, notamment Parménide et Anaxagore. Il a aussi publié des ouvrages d'introduction à ces pensées, par exemple, avec Luc Brisson et Anne-Laure Therme, Lire les présocratiques (Puf quadrige, 2012). Il a publié en 2024, avec Paulin Ismard, La cité et le nombre, Clisthène d’Athènes, l’arithmétique et l’avènement de la démocratie (Belles Lettres) et, en 2025, un essai sur la signification actuelle de l’expérience politique grecque, La République à l’œil nu, (CNRS éditions).
En résumé
La réforme de Clisthène, mise en œuvre à Athènes en 508/507 avant notre ère est l’acte fondateur de la démocratie dans cette cité. Elle frappe encore l’imagination contemporaine par la sophistication de l’organisation de la vie communautaire qu’elle instaure, reposant sur le principe d’un brassage continu de la population. Qu’une transformation aussi radicale de la vie civique se soit déroulée sans rencontrer de grandes difficultés demeure en partie mystérieux. Pour comprendre l’avènement de cette œuvre collective, nous avons entrepris, avec Paulin Ismard (dans La cité et le nombre, Les Belles Lettres, 2024), de porter l'attention sur un savoir populaire du nombre, celui dont font preuve ceux qui comptent les hommes sur le champ de bataille, les moutons dans la colline ou les jetons des jeux dont la clameur emplit les tavernes. On comprend alors que l’invention de la démocratie repose sur la maîtrise par un grand nombre d'acteurs des processus de division et de recomposition des collectifs, soit un art du rangement et du classement des choses et des hommes, attesté dès l’époque d’Homère et appliqué à la résolution des crises politiques et sociales dans les cités grecques.