Agrégé de philosophie, Paul Rateau est maître de conférences habilité à diriger des recherches, à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Spécialiste de l’histoire de la philosophie moderne (XVII-XVIIIe siècles), il est notamment l’auteur de Ordre et défiguration. Malebranche et la raison du mal (Paris, Vrin, à paraître), Spinoza : une pensée par-delà bien et mal ? (Paris, Vrin, 2025), Leibniz on the Problem of Evil (New York, Oxford University Press, 2019) et Leibniz et le meilleur des mondes possibles (Paris, Classiques Garnier, 2015). Il a également traduit et édité plusieurs textes de Leibniz, dont La profession de foi du philosophe et autres textes sur le mal et la liberté (1671-1677) (Paris, Vrin, 2019).
En résumé
Pour Montesquieu (1689-1755), la démocratie est ce régime politique particulier qui repose sur l’amour des citoyens pour la démocratie elle-même et, par conséquent, sans lequel celle-ci ne peut pas perdurer. Cet amour, que l’auteur de l’Esprit des loisappelle la « vertu politique », est un attachement qui ne requiert pas l’usage de la raison : c’est « un sentiment et non une suite de connaissances ». Cette thèse montre à la fois la force et la faiblesse de ce gouvernement du peuple par lui-même. Sa force vient de ce que la « médiocrité [des] lumières » du peuple est compensée par un « attachement plus fort pour ce qui est établi ». Sa faiblesse est évidente : comment s’assurer de la perpétuation d’un affect, par nature changeant et susceptible d’être supplanté par un autre plus puissant ? Au regard de cette ambivalence et dans un contexte marqué par ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui la « crise de la démocratie », la question est double. D’une part, peut-on – ou plutôt doit-on – se contenter de gouverner les hommes, en démocratie, par les passions sans l’appui de la raison et le développement des « lumières » ? D’autre part, comment se prémunir contre les deux écueils qui menacent constamment la démocratie, que sont l’introduction de l’inégalité (sociale, économique) et l’excès d’égalité qui ruine toute autorité et fait le lit de la tyrannie ?