Rachel Dufour dirige la compagnie Les guêpes rouges-théâtre, à Clermont-Ferrand, depuis 2002. En tant que metteure en scène, elle crée des spectacles qu'elle nomme des expériences collectives au cours desquelles les enjeux de la représentation sont mis en relation avec ceux de la démocratie : qui est représenté ou autorisé à habiter la scène ? quelles puissances collectives convoque le théâtre ? comment spectateurs et acteurs peuvent-ils faire art en commun ? Ses trois dernières créations déclinent la question de la démocratie, tantôt comme expérience collective pour des collégiens, tantôt en lien avec la question révolutionnaire, tantôt comme proposition radicale de démocratie créative autour d'un parlement auto-proclamé.
En résumé
La majeure partie de mon travail s'intéresse depuis 2016 à la question de la démocratie. Ce n'est pas nécessairement le sujet traité, mais plus spécifiquement la forme théâtrale (ou pas) recherchée.
Je cultive deux pistes :
- il y a un lien fructueux à établir entre la démocratie représentative et la représentation théâtrale. Les deux reposant sur un contrat de transfert de pouvoir et de voix. La première apparaît plus que jamais en crise, et la seconde pourrait gagner à une mise en crise qui sonnerait comme une réponse/question possible.
- on pourrait analyser l'acte du spectateur comme un acte de dépossession de ses possibilités d'action et de relation, sans en nier la dimension poétique.
Ces deux pistes mettent en jeu la puissante articulation historique grecque entre théâtre et démocratie et proposent de l'activer dans sa dimension contemporaine. A l'heure de la surproduction d'images et de contenus, de l'apparition de nouveaux régimes d'attention, et des vacillements démocratiques occidentaux, le théâtre (puisque c'est mon champ de pratique et d'action) peut s'affirmer comme une expérience de revitalisation démocratique : pour remettre du commun en pratique, refonder des espaces collectifs, développer de nouvelles relations "improductives". Cela nécessite des formes, mais aussi une étique, et une redéfinition de ce que nous reconnaissons comme "œuvre". Je ne sais pas si le théâtre sauvera la démocratie, mais je travaille à ce qu'il soit un lieu d'hospitalité pour des expériences collectives radicales.