Colloque : « Humans & Water »
Amphi 219
La Maison des Sciences Humaines de Clermont-Ferrand accueille un colloque interdisciplinaire et plurilingue intitulé « Humans & Water » consacré à la manière dont l’expérience humaine de l’eau façonne sa représentation linguistique à travers les langues et les cultures. Réunissant linguistes, sociologues, vulcanologues et chercheurs travaillant à l’interface entre langage, cognition et environnement, cet événement s’intéresse aux modalités selon lesquelles l’eau est perçue, conceptualisée et mise en discours dans les usages ordinaires comme spécialisés. Le colloque se tiendra du 8 au 9 octobre, à la MSH (amphi 219). Entrée libre, tout public.
Ancrée dans des approches énactives et incarnées du langage (Varela, Thompson & Rosch 1991 ; Bottineau 2012), ce colloque propose d’examiner la façon dont le sens linguistique émerge de l’expérience humaine située. La perception environnementale, entendue comme médiée à la fois culturellement et corporellement (Merleau-Ponty 1945 ; Ingold 2011), constitue un point d’entrée fécond pour analyser la catégorisation, la désignation et la mise en récit des phénomènes aquatiques dans différentes communautés linguistiques. L’eau, à la fois milieu matériel vécu et schéma cognitif puissant, constitue ainsi un domaine privilégié pour examiner les interactions entre perception, cognition et discours.
L’un des axes centraux de la journée porte sur les métaphores aquatiques, largement mobilisées pour conceptualiser l’instabilité, le changement et les situations de crise. Les travaux en théorie de la métaphore conceptuelle (Lakoff & Johnson 1980 ; Kövecses 2002) ont montré comment la fluidité, le flux ou l’immersion structurent le raisonnement abstrait. Dans les discours publics, les crises sont fréquemment décrites en termes de vagues, de flux, de débordements ou de courants — des schémas observés dans les communications politique, économique ou sanitaire, notamment dans le discours sur la COVID-19. Ces usages métaphoriques reflètent des imaginaires culturels plus larges de liquidité et d’incertitude (Bauman 2000), ainsi que des associations émotionnelles et expérientielles liées à l’eau (Omori 2008 ; Crépin-Davis 2023).
La circulation des images aquatiques entre discours médiatique, langage ordinaire et communication scientifique spécialisée invite également à un dialogue entre linguistique et sciences de la Terre, notamment dans le domaine des risques hydrologiques et des récits environnementaux. Un deuxième axe portera sur les représentations de l’eau dans la culture, en s'interrogeant sur la perception des phénomènes aquatiques tels qu'ils sont vécus par les individus (ressources en eau, eau et volcans, communautés exposées, inondations, etc.). Ce volet permettra d’identifier les variantes linguistiques et culturelles pouvant influencer la perception et/ou la représentation de l’eau en fonction de l’exposition aux événements.